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Le Parisien
Interview au sujet de la tuerie d'Annecy et de la prise en charge des deux petites filles survivantes 
7 septembre 2012

L’incroyable épisode de la petite Zeena restée prostrée huit heures sous le corps de sa mère à l’arrière de la voiture alors que la scène de crime avait été bouclée mérite des explications.
Historique d’abord. La police technique et scientifique en France a fondé son développement sur les énormes ratages de l’affaire Grégory, où les lieux du crime et les indices avaient été lourdement pollués par les enquêteurs, les secouristes, les badauds et même les journalistes.
" Au fil des ans, nous avons développé des protocoles d’intervention de plus en plus stricts, confirme un technicien d’identification criminelle. Et plus la scène de crime est complexe comme celle-là, plus il faut prendre des précautions. Ne pas toucher aux corps, ne rien déplacer, sinon on bousille l’enquête

 

Terrorisée
Avant-hier dans la forêt de Chevaline, un témoin, des pompiers, un médecin légiste et des gendarmes ont respecté à l’extrême ce principe.
" La fillette était parfaitement immobile, sous le corps de sa mère et des bagages, il aurait fallu bouger les corps pour la trouver, argumente une source judiciaire. Quand elle a entendu les secours arriver, elle était terrorisée et elle ne savait sans doute pas s’il s’agissait de méchants ou de gentils. " " Il y a deux cas de figure, détaille Hélène Romano, docteur en psychopathologie au CHU Henri-Mondor de Créteil. Soit la petite fille s’est trouvée en état de stress dépassé, qui provoque une prostration physique et psychique, comme si le temps était suspendu. Soit il s’agit de stress adapté et l’enfant s’est cachée mais n’a plus bougé de peur qu’il se passe un nouveau drame. Ce type de réaction est loin d’être exceptionnel. "
Pendant ces huit heures, les gendarmes ont multiplié les investigations autour des lieux du crime en attendant que les spécialistes de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), basés à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), arrivent, en partie par hélicoptère, en partie par la route avec du matériel lourd. Vers 23 heures, le dispositif était en place. C’est à ce moment-là qu’un gendarme, en faction pour protéger le dispositif, aurait entendu en provenance de la voiture un bruit ressemblant à des pleurs, qui a révélé la présence de la petite rescapée. " C’est évidemment très regrettable ", reconnaissait hier soir une source judiciaire, assurant " qu’on apprend de ses erreurs, que ce soit par excès ou déficit de précautions ".

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