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L'Humanité.fr
Interview réalisée par 
Ixchel Delaporte
30 mai 2012

Accidents voyageurs et cheminots

Êtes-vous surprise par la vague de suicides du week-end dernier ?

Hélène Romano. Pas vraiment, car au niveau des Samu, on intervient de plus en plus fréquemment sur ce qu’on appelle " les accidents voyageurs ". Malheureusement, c’est loin d’être exceptionnel.

Le conducteur du train a-t-il des consignes précises ?

Hélène Romano. Jusqu’à l’année dernière, les conducteurs étaient obligés d’aller vérifier l’état du corps et de " reconstituer les morceaux " dans l’attente des forces de l’ordre. Une jurisprudence en cours a modifié cette obligation. En tant qu’expert, il m’est arrivé d’être mandatée par des magistrats à la suite de plaintes de conducteurs à l’encontre, entre autres, de la SNCF ou de la RATP, pour évaluer le préjudice moral.

Les traumatismes des conducteurs sont-ils bien pris en charge ?

Hélène Romano. Dans l’évolution des pratiques des conducteurs, l’accident voyageur était exceptionnel dans le parcours professionnel. Ce n’est plus le cas maintenant. Il faudrait donc leur permettre d’anticiper leurs réactions, leur apprendre à gérer le stress, mieux les former. Quand ils ne sont pas préparés et qu’il y a une collision avec une personne, il peut y avoir des réactions très inadaptées, comme de rester figé par exemple.

Y a-t-il un manque de reconnaissance de ce type de traumatisme ?

Hélène Romano. Oui. Il faudrait mieux accompagner les personnes quand elles ont été exposées à des événements aussi dramatiques. Elles ont trop souvent l’impression d’être abandonnées, pas comprises. Elles peuvent aussi être submergées par des troubles et ne pas oser en parler. Elles revivent le drame, en font des cauchemars. Mais craignent d’être perçues comme de mauvais professionnels. Il faut un accompagnement très spécialisé et une reconnaissance de la blessure psychique, trop minimisée par les entreprises. Ces troubles devraient être reconnus comme des maladies professionnelles. Ce serait une forme de réparation psychologique. Car la vraie blessure psychique réside dans la non-reconnaissance du traumatisme par l’institution.


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